Nous sommes à la mi-octobre et, comme chaque année à cette époque, je m'apprête à faire mon tout dernier semis de légumes.
C'est toujours un petit plaisir, car ce semis a une particularité : les légumes qui vont sortir de terre ne seront pas plantés au potager avant quatre mois, vers la mi-février !
D'ici là, ils vont passer tout l'hiver dans leurs godets, bien à l'abri des intempéries.
Cela fait maintenant trois ans que je pratique cette technique, que j'appelle les "plants hivernés".
Elle me permet de prendre une belle avance sur le printemps, avec certaines premières récoltes possibles dès la mi-mars, alors qu'avec des semis réalisés en février, je devrais plutôt attendre début mai.
Je vous explique comment je m'y prends, quels légumes je choisis et les quelques précautions qui permettent de les conserver pendant l'hiver.
Pourquoi faire des semis en plein automne ?
Habituellement, lorsqu'on souhaite récolter des légumes au début du printemps, on attend le mois de février pour commencer les premiers semis.
Mais à cette époque, les journées sont encore courtes et les températures basses. Les jeunes plants poussent lentement et il faut patienter plusieurs semaines avant de pouvoir les installer au potager.
Avec mes plants hivernés, je prends les choses dans l'autre sens.
Je sème en octobre, quand les températures sont encore suffisamment douces pour permettre la germination et le développement des premières feuilles.
Puis, avec l'arrivée de l'hiver, la croissance des plants ralentit considérablement.
Et c'est justement ce que je recherche !
Je ne cherche pas à obtenir de gros plants en plein mois de décembre. Je veux simplement qu'ils restent vivants et en bonne santé, en attendant le retour des journées plus longues.
Quand arrive la mi-février, je dispose ainsi de jeunes plants déjà formés, prêts à être repiqués au potager.
Ils ont plusieurs semaines d'avance sur ceux que j'aurais semés à cette date.
Les six légumes que j'ai choisis cette année
Tous les légumes ne conviennent pas à cette méthode.
Je privilégie au contraire des légumes capables de supporter des températures basses, et surtout des variétés hâtives, qui se développent rapidement dès que les conditions redeviennent favorables.
Cette année, j'ai choisi six légumes.
Deux variétés de laitues
- La 'Rouge de Grenoble', une laitue aux feuilles teintées de rouge, qui supporte assez bien les conditions fraîches.
- La 'Bacquieu', une laitue traditionnellement cultivée pendant les saisons fraîches.
- En régions où les gelées sont très marquées, on préférera des variétés vraiment résistantes au gel, comme la 'Merveille d'hiver', une romaine comme la 'rouge d'hiver' ou une batavia comme la 'Batavia d'hiver St Antoine'.
Les laitues sont particulièrement intéressantes pour cette technique. Elles peuvent rester longtemps à un stade relativement petit pendant l'hiver, puis reprendre leur développement lorsque les températures remontent.
Et quel plaisir de récolter ses premières salades au début du printemps !
Deux légumes-racines
Je sème également de la betterave Plate d'Égypte, une ancienne variété reconnaissable à sa racine aplatie et appréciée pour sa précocité.
La betterave mérite toutefois une petite réserve : une exposition prolongée au froid peut favoriser sa montée à graines. C'est donc une culture avec laquelle il faut expérimenter, car le résultat dépend des températures réellement subies pendant l'hiver. Chez moi, cela ne s'est jamais produit.
J'ai aussi choisi un navet blanc précoce : le 'blanc plat hâtif', ce qui me permet d'obtenir de jeunes racines tendres dès le début du printemps. La variété 'de Milan à forcer' convient aussi si vous préférez les navets roses.
Pour ces deux légumes, il ne faut pas s'attendre à récolter de grosses raves comme en pleine saison. Les calibres seront assez petits (6 à 7 cm de diamètre) mais ces petits navets et betteraves sont particulièrement juteux et presque un peu sucrés, délicieux à préparer crus en lamelles ou râpés !

Deux choux précoces
Enfin, je complète mes semis avec deux types de choux qui ont des caractéristiques assez intéressantes :
Le premier est le chou-rave Quickstar F1. Ce chou-rave se développe très rapidement, ce qui en fait un bon candidat pour les premières récoltes du printemps. Pourquoi un hybride F1 ? Parce qu'il n'existe aucune variété classique qui soit aussi hâtive : la récolte se fait déjà un mois et-demi après la plantation !
Le deuxième est le chou pommé Nozomi F1 (il y a aussi le Caraflex F1). Il forme de petites pommes compactes (diamètre 15 cm) idéales pour un repas pour deux personnes. Cette sorte de variété est aussi très intéressante pour les petits potagers, car elle occupe moins de place que les gros choux traditionnels. En effet, je plante ces choux à 30 cm seulement les uns des autres !
Ces variétés particulières ne sont pas disponibles partout, je les trouve chez Baumaux.

Comment je réalise mes semis d'octobre
Pour ces semis, rien de compliqué.
J'utilise des mottes que je fais avec un petit presse-mottes, mais ou pourrait très bien lse semer dans des plaques alvéolées ou même directement dans des petits godets.
Pour que le semis lève rapidement, je les fait lever à l'intérieur de la maison, en surveillant deux fois par jour pour les sortir dehors à la lumière dès que la moindre petite pousse verte commence à émerger, sinon ça file immédiatement et les plants seront moins trapus.
Une fois les barquettes mises dehors, je veille à ce que les plants disposent de suffisamment de lumière.
C'est important, car les journées raccourcissent rapidement à l'automne. Si les semis manquent de lumière, ils risquent une fois de plus de s'allonger exagérément et de devenir fragiles.
Quand plusieurs graines ont levé dans un même godet, j'attends 2 semaines pour pouvoir distinguer les plantules les plus vigoureuses, et je ne conserve que la plus belle.
Comme j'ai semé dans des mottes, je fais aussi un repiquage dans des godets carrés de 8 cm. Ainsi les racines ont plus de place pour se développer.

Une simple caisse en plastique pour passer l'hiver
C'est probablement la partie la plus originale de ma méthode.
Je n'utilise ni serre chauffée, ni installation compliquée.
Je rassemble simplement tous mes godets dans une grande caisse en plastique transparente, que je place sous l'auvent de ma terrasse orientée au sud.
Cet emplacement présente deux avantages : les plants bénéficient de la lumière naturelle (le soleil est bas en hiver et les rayons passent sous l'avent) et ils sont protégés de la pluie.
C'est un point important, car en hiver, un terreau constamment détrempé, c'est plus problématique que le froid lui-même : si les racines restent dans un terreau saturé d'eau pendant des semaines, elles vont s'abîmer et les plants vont finir par pourrir.
La caisse permet également de regrouper tous les godets au même endroit, ce qui facilite leur surveillance et leur déplacement si la météo devient vraiment défavorable (fortes gelées).
Il faut toutefois veiller à ce que l'eau d'arrosage puisse s'évacuer et que l'air circule suffisamment.
Vous noterez que je ne mets pas de couvercle sur la caisse. Ces légumes préfèrent la fraîcheur et je ne cherche surtout pas à accélérer leur croissance, j'évite donc de leur donner trop de chaleur.

Comment les plants résistent-ils au gel ?
C'est souvent la première question qu'on se pose lorsqu'on envisage de conserver de jeunes légumes dehors pendant tout l'hiver.
Après trois années d'essais, j'ai constaté que les légumes que je cultive de cette façon supportent plutôt bien les petites gelées.
Bien entendu, cela dépend des espèces, de la durée du gel et de leur stade de développement.
Mais j'ai surtout remarqué une chose : les plants passent mieux les périodes froides lorsque je ne les arrose pas excessivement.
Je veille donc à maintenir le terreau légèrement humide, sans qu'il reste gorgé d'eau.
Attention, cela ne signifie pas qu'un terreau très sec va protéger les racines du gel. Il ne faut pas non plus laisser les jeunes plants souffrir du manque d'eau.
L'idée est simplement d'éviter l'excès d'humidité, particulièrement dangereux lorsque les températures sont basses.
Dans ma région toulousaine, les petites gelées hivernales restent généralement de courte durée. Si un épisode de gel plus intense est annoncé, je dispose d'une solution très simple : je déplace la caisse dans mon garage pendant quelques jours.
Une fois le froid passé, je la remets sous l'auvent. J'évite simplement de laisser les plants trop longtemps dans le garage, car ils ont toujours besoin de lumière.
Quel entretien pendant l'hiver ?
En réalité, très peu !
Pendant les mois les plus froids, les besoins en eau des plants deviennent faibles. Leur croissance ralentit et le terreau sèche beaucoup moins rapidement qu'en automne.
Je n'ai donc vraiment pas besoin d'arroser souvent. Pour savoir, je vérifie simplement l'humidité du terreau avec le doigt. S'il est encore un peu humide, je n'arrose pas. S'il commence à sécher, j'apporte un peu d'eau, de préférence le matin lorsque les températures sont positives.
Je surveille également l'état des feuilles car il peut y avoir quelques cas de pourriture, mais c'est assez rare.
Mi-février : les plants rejoignent enfin le potager
C'est le moment que j'attends depuis le mois d'octobre !
Vers la mi-février, les journées ont déjà bien rallongé et le soleil commence à retrouver de la force.
Les températures restent fraîches, mais les légumes capables de pousser au froid peuvent progressivement reprendre leur croissance.
C'est à cette période que je prévois de planter en pleine terre au potager tous mes plants hivernés.
Je fais attention à l'état du sol. S'il est détrempé, je préfère patienter plutôt que de le travailler dans de mauvaises conditions.
Les petits plants sont installés à leur espacement définitif, comme pour une plantation classique.
Je manipule les mottes avec précaution, surtout pour les betteraves et les navets, dont les racines peuvent avoir commencé à tourner dans leurs godets.
Pour leur donner quelques degrés supplémentaires, j'installe un film troué sur des arceaux au-dessus de la plate-bande.
Et ensuite, il ne reste plus qu'à admirer la reprise de la végétation !

Des récoltes dès la fin-mars, est-ce vraiment possible ?
C'est tout l'intérêt de cette méthode.
Les légumes semés traditionnellement début mars doivent d'abord germer, former leurs premières feuilles et développer suffisamment de racines avant de vraiment commencer à grossir.
Mes plants hivernés, eux, ont déjà franchi toutes ces étapes.
Dès que les températures et la lumière deviennent favorables, ils peuvent reprendre leur développement.
Dans mes conditions de culture, j'ai ainsi pu obtenir certaines premières récoltes dès la fin du mois de mars (laitues et choux-raves), alors qu'avec des semis réalisés en mars, j'aurais plutôt attendu le début du mois de juin.
Cela représente une avance très appréciable !
Bien sûr, tous les légumes ne seront pas prêts en même temps. Les laitues, les choux et les légumes-racines n'ont pas tous la même vitesse de développement.
Les plus rapides sont les laitues, les navets et les choux-raves. Puis viennent les choux pommés (en avril), puis les betteraves en dernier car elles préfèrent des températures un peu plus chaudes.

Une méthode à adapter à son climat
Je tiens à préciser que je jardine dans la région de Toulouse, où les hivers sont généralement assez doux. Cela joue évidemment un rôle important dans la réussite de mes plants hivernés.
Dans une région où les températures descendent régulièrement bien au-dessous de zéro pendant plusieurs jours, une simple caisse placée sous un auvent risque de ne pas suffire. Il faudra prévoir un abri mieux protégé du froid, ou déplacer les plants plus fréquemment.
Mais je suis à peu près sûr que la méthode fonctionne dans toute la moitié sud de la France et le long de la côte atlantique.
La date de plantation de février devra elle aussi être adaptée aux conditions locales. Le but n'est pas de respecter une date à tout prix, mais de profiter de la première période favorable pour installer au jardin des plants déjà bien développés.
Pour commencer, je conseillerais d'essayer quelques godets de laitues ou de choux précoces, qui me semblent les candidats les plus intéressants.
Les légumes-racines demandent davantage de précautions, parce qu'ils n'apprécient pas toujours de rester longtemps dans un petit godet.
C'est donc une méthode qui mérite d'être testée progressivement, avant de lui consacrer une grande quantité de plants. Maintenant que j'ai bien rôdé la technique, je fais chaque année 10 laitues, 10 navets, 10 choux-raves, 5 choux pommés et 15 betteraves.
Le plaisir de jardiner même au coeur de l'hiver
Je vous ai beaucoup parlé de précocité et de récoltes, mais ce n'est pas la seule raison pour laquelle j'aime cette technique.
Il y a aussi le simple plaisir de continuer à faire pousser des légumes pendant toute l'année, car en novembre, décembre et janvier, le potager est quasiment à l'arrêt.
Bien sûr, il reste quelques légumes à récolter et parfois des travaux d'entretien à effectuer. Mais l'activité n'a plus grand-chose à voir avec celle du printemps ou de l'été.
Avec mes plants hivernés, j'ai toujours quelques jeunes légumes à observer. Je regarde comment leurs feuilles évoluent, je vérifie l'humidité du terreau, je surveille leur réaction aux premières gelées.
Cela ne représente que quelques minutes de temps en temps, mais c'est une façon bien agréable de continuer à jardiner, même en plein hiver.
Et lorsque février arrive, quel plaisir de planter au potager des légumes que j'ai semés quatre mois auparavant !
Sans compter la satisfaction de pouvoir récolter les premiers légumes du printemps alors que la saison potagère ne fait que commencer.
Cette année encore, mes godets sont donc prêts pour leur long séjour hivernal, et je suis déjà impatient de voir ce qu'ils me réserveront au printemps prochain !
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