Il y a deux jardiniers qui se battent dans ma tête en ce moment : le Nicolas de janvier et le Nicolas d'août. Et ils ne s'aiment pas beaucoup.
Nous sommes en septembre. C'est généralement à cette période que les deux commencent à se disputer.
Le premier dit :
"Tu as vu l'état du potager ? L'année prochaine, on réduit tout."
Le second répond :
"Oui, oui... on en reparlera en janvier..."
Et le problème, c'est que je les connais bien tous les deux !
Le jardinier de janvier a la mémoire courte

Il y a d'abord le Nicolas de janvier.
Confortablement installé dans le canapé, loin des canicules et des légumes qui souffrent de la sécheresse, il feuillette les catalogues de graines.
Il planifie la nouvelle saison.
Il ajoute une variété de tomates.
Puis une deuxième.
Puis une troisième, parce qu'après tout, "celle-là ne prend pas beaucoup de place".
Une nouvelle culture lui fait envie.
Il trouve un petit coin où la caser.
Et il finit généralement par prononcer cette phrase redoutable :
"Cette année, c'est bon, je vais mieux m'organiser."
Sur le papier, tout tient.
Il y a de la place pour les tomates, les courgettes, les haricots, les concombres, les melons, les salades...
Il reste même quelques mètres carrés pour faire des essais.
Seulement voilà : le potager de janvier n'a pas besoin d'être arrosé.
Il n'a pas de ravageurs.
Il ne subit pas trois mois sans pluie.
Et il ne fait jamais 40 °C.
Puis arrive le jardinier d'août

Six mois plus tard, le décor a bien changé.
Le Nicolas d'août tire sur un tuyau d'arrosage à 7 heures du matin.
Il regarde les fleurs de ses pieds de tomates sécher sous la chaleur.
Il soulève le paillage et découvre une terre déjà sèche.
Il voit certaines récoltes griller sur pied.
Et il cherche désespérément l'adresse du Nicolas de janvier pour aller lui expliquer deux ou trois réalités du terrain.
Cette année, avec les épisodes de fortes chaleurs à répétition, ils auraient probablement eu une conversation assez animée.
Parce que lorsque jardiner devient une lutte quotidienne contre la chaleur, il arrive un moment où une idée commence à traverser l'esprit :
"L'année prochaine, j'arrête tout."
Ou, dans une version un peu moins radicale :
"L'année prochaine, je réduis sérieusement."
Sur le moment, cette décision paraît parfaitement raisonnable.
Mais elle est prise par quelqu'un qui est fatigué, qui vient de passer plusieurs semaines à essayer de sauver ses légumes et qui regarde son potager après l'une des périodes les plus difficiles de l'année.
Le Nicolas d'août n'est donc probablement pas la personne idéale pour décider de ce que je cultiverai l'année suivante.
Mais le Nicolas de janvier ne l'est pas beaucoup plus.
Heureusement, il existe un troisième jardinier
En janvier, il se produit en effet un phénomène assez remarquable.
La mémoire du jardinier devient sélective.
On se souvient des tomates mûres.
Des salades croquantes.
Des premières courgettes.
Du plaisir de remettre les mains dans la terre au printemps.
Curieusement, on se souvient beaucoup moins du temps passé à arroser, des pieds de tomates où aucun fruit ne s'est formé, des légumes qui ont végété pendant des semaines et des journées où l'on s'est demandé pourquoi on s'était encore compliqué la vie avec tout ça.
C'est donc là qu'intervient un troisième personnage.
Le Nicolas de septembre.
Celui qui n'est plus complètement dans la bataille, mais qui s'en souvient encore très bien.
Et je crois que c'est lui qu'il faut écouter.
Il sait quelles cultures ont demandé énormément de travail pour peu de résultat.
Il sait lesquelles ont consommé beaucoup d'eau.
Il sait ce qui a bien résisté malgré la chaleur.
Il sait quelles pratiques se sont révélées efficaces.
Il sait aussi ce qui l'a vraiment épuisé.
Et surtout, il n'a pas encore eu le temps d'embellir ses souvenirs.
Septembre n'est pas le meilleur moment pour prendre des décisions
Je ne pense pas que la fin de l'été soit un bon moment pour décider du potager de l'année prochaine.
En revanche, c'est probablement l'un des meilleurs moments pour rassembler les informations qui permettront de prendre ces décisions plus tard.
La nuance est importante.
Il ne s'agit pas de décider maintenant :
"Je ne ferai plus jamais de tomates."
Ou :
"L'année prochaine, je divise mon potager par deux."
Ces décisions peuvent attendre.
En revanche, si vous venez de passer deux mois à vous dire qu'une culture vous demandait beaucoup trop d'efforts par rapport à ce qu'elle vous apportait, il serait dommage d'avoir complètement oublié cette information en janvier prochain.
Autrement dit :
Ne décidez pas à chaud. Mais notez ce que vous savez encore à chaud.
Parce que le jardinier d'août n'a peut-être pas raison lorsqu'il dit :
"J'arrête tout."
En revanche, lorsqu'il dit :
"Ça, je ne veux plus le refaire comme ça",
il faut probablement l'écouter.

Faites maintenant votre bilan de la saison
Pas besoin d'un grand tableau Excel ni d'un carnet de suivi compliqué.
Une feuille de papier ou une note dans votre téléphone peut suffire.
Prenez 15 minutes, sortez au jardin et placez-vous au milieu de votre potager, puis repassez le déroulement de l'été dans votre tête.
Pour chaque culture importante, demandez-vous simplement :
- Est-ce que le résultat valait le temps que j'y ai consacré ?
- Est-ce qu'elle m'a demandé beaucoup d'arrosage ?
- A-t-elle bien supporté les périodes de chaleur ?
- Ai-je réellement apprécié les récoltes ?
- Est-ce que j'ai eu envie de m'en occuper ou est-ce devenu une corvée ?
- Y a-t-il quelque chose que je ferais différemment la prochaine fois ?
Et surtout, ne faites pas seulement la liste de ce qui a raté.
Notez également ce qui vous a surpris agréablement.
Une variété qui a mieux résisté que les autres.
Une culture qui a continué à produire malgré la chaleur.
Une date de semis qui s'est révélée particulièrement bonne.
Un paillage, un ombrage ou une façon d'arroser qui vous a simplifié la vie.
Ce sont peut-être ces observations-là qui auront le plus de valeur l'année prochaine.

Un mini plan d'action en 4 étapes
Voici concrètement ce que je vous conseille de faire avant la fin du mois de septembre.
Étape 1. Faites la liste des cultures qui ont compté pour vous cette année
Pas besoin de tout recenser. Prenez seulement celles qui ont occupé une surface importante dans votre potager ou pour lesquelles vous avez passé du temps à vous en occuper.
Étape 2. Classez vos observations dans quatre catégories
Pour chaque culture ou pratique, notez :
- À garder : cela a bien fonctionné et j'ai envie de recommencer.
- À modifier : je veux recommencer, mais autrement.
- À remettre en question : beaucoup d'efforts pour un résultat médiocre.
- À développer : cela a particulièrement bien fonctionné et mériterait peut-être davantage de place.
Cette dernière catégorie est importante.
Améliorer son potager ne consiste pas uniquement à supprimer ce qui fonctionne mal. Cela consiste aussi à donner davantage de place à ce qui fonctionne bien.
Étape 3. Notez les faits, pas seulement vos impressions
Au lieu d'écrire :
"Les haricots, nul."
Essayez plutôt :
"Trois semis, beaucoup d'arrosage, belles plantes mais très peu de gousses pendant les fortes chaleurs."
Au lieu de :
"Certaines tomates ont bien marché."
Notez :
"Les pieds plantés tôt ont mieux produit avant les grosses chaleurs."
Dans quelques mois, vous serez content d'avoir tous ces détails.
Étape 4. Rangez cette note à un endroit où vous êtes sûr de la retrouver cet hiver
C'est le point le plus important.
Votre bilan ne sert à rien s'il disparaît au fond d'un carnet que vous ne rouvrirez jamais.
Placez-le avec votre cahier de jardin, votre stock de graines ou votre liste de variétés pour l'année prochaine.
L'objectif est simple : que cette note refasse surface précisément au moment où votre enthousiasme hivernal commencera à reprendre le dessus.
Il ne s'agit pas forcément d'en faire moins
C'est d'ailleurs le principal enseignement de cet exercice.
Après un été difficile, la première réaction consiste souvent à penser :
"L'année prochaine, je vais faire moins."
Ce sera peut-être la bonne décision.
Mais ce n'est pas la seule possibilité.
Peut-être faut-il faire moins de certaines cultures et davantage d'autres.
Peut-être faut-il réduire le nombre de pieds de tomates mais mieux les protéger.
Peut-être faut-il renoncer à une culture particulièrement exigeante pendant l'été et mieux utiliser cet emplacement au printemps ou à l'automne.
Peut-être faut-il conserver la même surface, mais simplifier fortement la façon de la cultiver.
Le vrai objectif n'est donc pas forcément de faire un potager plus petit.
C'est de faire un potager dont le rapport entre les efforts et les satisfactions vous convient mieux.
Et pour cela, les informations que vous avez en tête aujourd'hui sont précieuses.
Dans quelques mois, elles commenceront à s'effacer.
Un message adressé à votre futur jardinier
C'est exactement ce que je vais faire de mon côté.
Avant que les souvenirs de cet été ne commencent à s'estomper, je vais noter noir sur blanc :
- ce qui m'a demandé trop de travail,
- ce qui a utilisé trop d'eau,
- ce qui n'en valait pas la peine,
- ce qui a étonnamment bien résisté,
- ce qui m'a donné le plus de satisfaction,
- et ce que je voudrais absolument changer l'année prochaine.
Je ne prendrai pas forcément toutes les décisions maintenant.
Mais lorsque le Nicolas de janvier ressortira ses sachets de graines avec son enthousiasme retrouvé, il y aura quelque part une petite note écrite par le Nicolas de septembre.
Histoire de lui rafraîchir la mémoire.
Parce que cette année encore, le Nicolas d'août a suffisamment maudit le Nicolas de janvier.
Il serait peut-être temps que les trois commencent enfin à se parler !
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- ou une vidéo qui vous montre ce qui pousse maintenant dans mon potager (y compris les ratages et les leçons à en tirer).
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