Au cœur de l'été, je reconnais que ce n'est pas évident de penser aux cultures d'automne et d'hiver.
Le potager demande déjà beaucoup d'attention. Il faut arroser, attacher les tiges des tomates, récolter les courgettes avant qu'elles ne deviennent énormes, surveiller les maladies et les ravageurs. À cela s'ajoutent souvent la chaleur (voire la canicule), une absence pour cause de vacances et surtout une certaine lassitude accumulée depuis le printemps.
Dans ces conditions, l'idée de recommencer à faire des semis peut donner l'impression d'ajouter une nouvelle série de tâches à une saison déjà bien remplie.
Pourtant, il ne s'agit pas de recommencer un deuxième potager aussi exigeant que celui de l'été.
Il s'agit simplement de réserver une petite place à une autre saison de culture, plus calme, plus discrète et souvent très agréable.
Imaginez votre potager dans un mois, un mois et-demi.
Les fortes chaleurs sont passées. Les arrosages ne prennent plus autant de temps. Les courgettes et les haricots produisent moins ou ont été arrachés. À leur place, quelques laitues, des épinards, des poireaux ou des choux sont en train de pousser.
Vous ne récoltez peut-être plus de grands paniers débordants. Mais le potager vous offre encore de quoi sortir au jardin chercher quelques légumes frais pour le repas.

Beaucoup d'entre nous ont pris l'habitude de limiter la saison potagère à l'été
Pour nombre de jardiniers, avoir un potager c'est juste cultiver des tomates, des courgettes, des concombres, des haricots, des aubergines et des poivrons.
Au printemps, on prépare leur plantation. Pendant l'été, on les entretient et on les récolte. Puis, lorsque les dernières tomates ont été cueillies, on arrache les plants et on laisse le terrain au repos jusqu'à l'année suivante.
Cette façon de jardiner est compréhensible.
Les légumes d'été sont abondants, colorés et faciles à mettre en valeur. Ils sont bien visibles sur les étalages des jardineries, dans les catalogues et occupent les conversations entre jardiniers. Pour certaines personnes, cultiver un potager signifie avant tout produire des tomates.
Mais le potager ne se limite pas à cette période de l'année.
D'autres légumes apprécient justement les températures plus fraîches. C'est le cas de nombreuses salades, des épinards, de la mâche, des navets, des carottes, des betteraves, des radis d'hiver, des poireaux et de plusieurs sortes de choux.
Ces légumes ne remplacent pas ceux de l'été. Ils correspondent simplement à une autre période, avec des récoltes différentes et un rythme de culture différent.
L'été n'est donc pas la saison du potager. C'est seulement l'une de ses saisons.
Une autre manière de profiter du jardin
Le potager d'automne est moins spectaculaire que celui de juillet-août.
Il n'y a plus de tomates rouges suspendues à chaque plant, ni de courgettes à ramasser tous les deux jours. La croissance des légumes ralentit progressivement. Certaines planches se vident. Le jardin paraît moins exubérant.
Mais il reste bien vivant.
Par un matin frais de septembre, vous pouvez cueillir une laitue ferme et croquante. En octobre, vous pouvez arracher quelques carottes dans une terre encore humide, couper des feuilles d'épinard ou récolter deux poireaux pour préparer le repas.
Ces récoltes sont souvent modestes. Pourtant, elles procurent une satisfaction particulière.
En novembre, une poignée de mâche ou quelques feuilles de blettes prennent davantage de valeur. Vous les récoltez à une période où la plupart des potagers sont déjà vides.
Ce plaisir ne vient pas de la quantité récoltée. Il vient du fait de pouvoir encore manger quelque chose qui a poussé dans son propre jardin.
Des légumes mieux adaptés à la fraîcheur
Pendant l'été, le jardinier passe souvent une grande partie de son temps à essayer de limiter les effets de la chaleur.
Il faut maintenir le sol humide, protéger certains légumes du soleil, éviter que les salades ne montent trop vite à graines et aider les jeunes plants à supporter des températures souvent excessives.
À l'automne, la situation change.
Les laitues, les épinards, la mâche, les radis et de nombreux choux se développent bien mieux lorsque les températures baissent. Les risques de montée à graines diminuent. Les feuilles restent plus tendres. Plusieurs légumes supportent également de petites gelées sans être abîmés.
Cela ne signifie pas que tout devient facile.
Les limaces, les chenilles ou les pucerons peuvent encore poser des problèmes. Les semis effectués en plein été sont parfois difficiles à réussir, surtout dans les régions chaudes. Les jeunes plants doivent être arrosés souvent et protégés pendant leur installation.
Mais une fois que les plants ont bien repris et que les grosses chaleurs sont passées, leur entretien devient beaucoup moins contraignant.
Vous ne cherchez plus à faire pousser des légumes à contre-saison la saison, vous êtes pile au bon moment pour faire pousser des légumes d'automne.

Pensez aussi aux bons petits plats que vous aurez envie de préparer
Pour choisir les légumes à cultiver, on consulte souvent une liste de semis possibles.
Mais une autre question peut être plus motivante :
Qu'aurez-vous envie de manger lorsque les soirées commenceront à fraîchir ?
En automne, les envies changent. On prépare plus volontiers des soupes, des gratins, des légumes rôtis ou des plats mijotés.
Si vous aimez les soupes, vous pouvez imaginer faire pousser quelques poireaux, des carottes, des navets, des blettes ou du céleri.
Si en hiver vous appréciez les feuilles de salades juste cueillies, vous pouvez réserver un petit coin à la mâche, aux épinards, à la roquette ou aux variétés de laitues d'hiver qui résistent au gel.
Si vous cuisinez souvent des légumes au four, les betteraves, les carottes et les navets peuvent prendre place dans votre potager.
Cette manière de choisir évite de semer un légume simplement parce qu'il figure dans une liste sortie d'un livre ou trouvée sur internet.
Vous cultivez ce que vous aurez réellement plaisir à récolter et à manger.
Imaginez un repas de novembre. Quel légume aimeriez-vous pouvoir aller chercher dans votre jardin quelques minutes avant de passer en cuisine ?
La réponse à cette question suffit déjà à orienter vos choix.
Un potager moins stressant
Le potager d'été demande une présence régulière.
Les courgettes grossissent très vite. Les haricots doivent être cueillis au bon moment sinon ils font des fils. Les tomates mûres risquent de se fendre ou de tomber. Pendant les périodes très chaudes, l'arrosage devient quotidien.
Les cultures d'automne suivent un rythme plus lent.
Vous pouvez récolter une salade lorsqu'elle atteint la taille qui vous plaît. Les poireaux, les carottes ou les navets peuvent rester en place plusieurs semaines, le temps qu'on vienne les déterrer. Les feuilles d'épinard ou de blettes se prélèvent selon les besoins.
Cela ne veut pas dire qu'un potager d'automne ne demande aucun travail. Les semis et les plantations réclament de l'attention au départ. Il faut également tenir compte du climat de sa région, de la durée des jours qui raccourcissent et de l'arrivée du froid.
Mais après leur installation, toutes ces cultures ne demandent jamais d'interventions urgentes.
Le jardinier peut alors récolter tranquillement, à son rythme, sans la pression des mois de juillet-août.
La principale difficulté consiste à y penser assez tôt
Le paradoxe des cultures d'automne est simple : il faut les préparer alors que l'été bat encore son plein.
Lorsque les températures deviennent fraîches et que l'on commence spontanément à penser aux épinards, aux choux ou aux poireaux, il est déjà trop tard pour démarrer ces cultures.
Une partie des légumes destinés à l'automne et à l'hiver se sème ou se plante pendant l'été. C'est notamment le cas des carottes, des betteraves, des choux, des gros radis d'hiver, des céleris, des navets et des poireaux.
D'autres cultures peuvent être commencées plus tard, lorsque les nuits redeviennent plus fraîches. On peut alors penser aux laitues, à la mâche, aux épinards, aux radis ou aux blettes.
Il est également possible d'acheter des plants, en particulier pour les choux et les salades. Cette solution permet de faire un potager d'automne sans être obligé de faire des semis pendant les périodes les plus chaudes, ce qui demande un certain savoir-faire.
Les dates varient beaucoup selon les régions. Un jardin situé dans la moitié sud ne suit pas le même calendrier qu'un potager de la moitié nord de la France. Chaque région a ses avantages et ses inconvénients. Dans le sud, l'arrière-saison est plus douce et permet de récolter plus longtemps, mais les semis d'été sont une vraie difficulté. Dans le nord, les semis sont faciles mais l'automne est plus court.
Il ne faut donc pas retenir un calendrier unique, mais un principe : commencez à réfléchir aux cultures d'automne avant que l'été soit terminé.
Le principal obstacle n'est pas forcément le froid. C'est au contraire le fait d'attendre que la fraîcheur soit arrivé pour commencer à se bouger.

Regardez votre potager avec quelques semaines d'avance
En été, le potager est rempli, chaque plate-bande est occupée par des cultures.
Les tomates occupent leur emplacement. Les courgettes débordent dans les allées. Les concombres et les haricots sont encore en production. On peut alors avoir l'impression qu'il n'existe aucune place pour de nouvelles cultures.
Mais le potager ne sera plus tout à fait le même dans un mois.
Les pommes de terre auront été récoltées. Un plant de courgette vieillissant aura cessé de produire. Les concombres commenceront à décliner. Une planche d'oignons ou d'ail sera devenue libre.
Il suffit donc de regarder chaque emplacement en se demandant ce qui s'y trouvera dans quelques semaines.
Une culture d'automne ne nécessite pas d'agrandir le potager. Elle peut simplement prendre la suite d'un légume arrivé en fin de course.
Ces enchaînements permettent d'utiliser plus longtemps les mêmes emplacements, sans être obligé de trouver de la place ailleurs et sans bouleverser toute son organisation.
Après avoir lu cet article, je ne vous demande pas de dessiner un plan précis.
Commencez simplement à repérer une petit endroit qui pourrait se libérer avant la fin de l'été.
Ne cherchez pas à créer tout de suite un grand potager d'automne/hiver
L'expression "potager d'hiver" donne l'impression qu'il faut lancer un nouveau projet important.
On imagine plusieurs planches de légumes avec des rangs bien aligné, de nombreux semis à faire, des tunnels, des voiles à installer et une organisation compliquée à gérer.
Ce n'est pas nécessaire.
Pour une première année, une demi-planche peut suffire. Vous pouvez même commencer avec un simple rang, quelques plants achetés ou un petit carré laissé libre après une récolte.
L'objectif n'est pas de produire tous vos légumes pendant l'automne. C'est de découvrir le plaisir de continuer à jardiner une fois les cultures d'été terminées.
Vous pouvez commencer par un petit projet simple à mettre en place.
Un coin destiné aux soupes, avec quelques poireaux, des carottes et des blettes.
Une petite réserve de verdures croquantes, avec de la mâche, des épinards et quelques laitues.
Ou quelques légumes-racines, comme des navets, des betteraves et des radis d'hiver.
Deux ou trois cultures bien choisies valent mieux qu'une longue liste de semis commencés sans réelle envie.
Une autre relation avec les saisons
Lorsqu'on commence à cultiver en automne, le potager ne se résume plus à une période de quelques mois pendant l'été.
On ne passe plus directement des récoltes abondantes de l'été à un terrain vide jusqu'au printemps suivant.
Les saisons s'enchaînent plus progressivement.
Les légumes-fruits dominent pendant l'été. Les salades, les légumes-racines, les poireaux et les choux prennent ensuite le relais. La croissance ralentit pendant les jours les plus courts. Les récoltes deviennent moins fréquentes, mais elles se poursuivent quand même.
Il faut d'ailleurs garder des attentes réalistes.
En plein hiver, la plupart des légumes poussent lentement, voire plus du tout en décembre et janvier. L'objectif consiste à les faire suffisamment grandir avant les jours les plus courts, puis à garder en place et à les récolter progressivement.
Certains légumes bien installés avant l'hiver peuvent rester longtemps dans le potager et attendre le moment où vous en aurez besoin.
Cette façon de jardiner change également la manière d'évaluer une récolte.
Quelques poireaux, une salade ou une poignée d'épinards peuvent sembler insignifiants par rapport aux paniers de tomates du mois d'août.
Pourtant, ces légumes arrivent à une période où les produits frais du jardin sont devenus rares. Leur valeur ne dépend donc pas seulement de leur poids, mais aussi, et surtout, du moment où vous les récoltez.
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