Article n°6 de la série : Greffons nos tomates ensemble
Ceci est le 6ème article d'une série. Si vous prenez la série en cours de route, vous pouvez retrouver ici tous les articles de la série "Greffons nos tomates ensemble".

Dans le planning global de la série, nous entrons ici dans la phase de croissance après le greffage.
Nous entrons maintenant dans les semaines qui séparent la cicatrisation de la plantation. En deux mots, voici ce que nous allons voir dans cet article :
- comment conduire les plants au quotidien,
- ce qu'il faut surveiller de près : le point de greffe, les racines adventives, les gourmands du porte-greffe,
- et comment reconnaître qu'un plant greffé est enfin prêt à rejoindre le potager.
Introduction
Nous voilà à une étape charnière de cette série. Si vous avez suivi les articles précédents, vos plants ont été greffés, la cicatrisation s'est déroulée dans de bonnes conditions, et vous avez observé avec soulagement les premiers signes d'une bonne reprise. C'est déjà un beau travail d'accompli.
Maintenant commence ce que j'appelle la phase de croissance post-greffe : ces semaines où le plant greffé grandit, se consolide, et s'approche doucement du moment de la plantation au potager.
Dans cet article, je vais vous expliquer comment je conduis mes plants à ce stade, ce que je surveille concrètement, et ce que je fais chez moi au quotidien. Ce n'est pas une liste de recettes universelles, c'est mon système, celui qui fonctionne dans mon contexte, et que je partage avec vous pour que vous puissiez vous en inspirer.
Je précise aussi ce que cet article ne couvrira pas : la plantation au potager, avec toutes ses précautions spécifiques, sera l'objet de l'article 7. On n'en est pas encore là.
L'idée centrale de cette phase, c'est qu'une fois la cicatrisation réussie, on revient quasiment à une conduite de plants ordinaires… sans être tout à fait des plants classiques pour autant. La différence tient à quelques points de vigilance bien précis, que nous allons passer en revue dans cet article.
Si vous débutez dans le greffage, voici une bonne nouvelle : le plus difficile est derrière vous. La greffe en elle-même, la période de cicatrisation avec ses contraintes d'hygrométrie, les premières heures d'angoisse à guetter le moindre signe de flétrissement, tout ça, c'est passé. Il reste maintenant à accompagner la reprise, ce qui n'a rien de compliqué.
Après la cicatrisation, les plants redeviennent presque des plants « normaux »
Ce qui change par rapport aux jours juste après la greffe
La cicatrisation, c'était une phase particulière : humide, confinée, protégée. Le plant était sous cloche en chambre de cicatrisation, dans une atmosphère saturée d'eau, à l'abri de tout stress. C'était nécessaire pour permettre à la soudure de se former sans que le greffon ne s'assèche.
Cette phase est terminée. Désormais, le plant recommence à vivre dans des conditions habituelles de culture, lumière normale, ventilation normale, terreau que l'on va à nouveau arroser. Et la croissance, qui était en suspens le temps de la cicatrisation, repart d'abord doucement, puis franchement.
C'est un changement de rythme très perceptible : en quelques jours, le plant se remet à pousser, les feuilles reprennent de la tenue, et on retrouve quelque chose qui ressemble à un plant de tomate en pleine forme.
Ce qui reste différent d'un plant non greffé
Pour autant, quelques spécificités persistent, et il vaut mieux les avoir en tête pour ne pas relâcher sa vigilance trop vite.
- La zone de greffe reste plus fragile que le reste de la tige. La soudure progresse, mais elle n'est pas encore « béton ». Si vous attrapez le plant par la tige juste au niveau du clip ou si vous le manipulez brusquement, vous prenez un gros risque.
- Le plant peut encore développer des racines adventives au niveau du greffon : ce sont des racines qui partent juste au-dessus du point de greffe, et qui, si on les laisse se développer, permettraient au greffon de s'enraciner lui-même, contournant ainsi l'intérêt du porte-greffe.
- Le porte-greffe peut émettre des rejets sous la zone de greffe. Ces rejets, si on ne les supprime pas, peuvent prendre le dessus et concurrencer le greffon.
Ce sont ces trois points qui distinguent concrètement cette phase d'une culture de plants classiques. On va les détailler chacun dans cet article.
Les signes concrets d'une bonne reprise
Avant d'aller plus loin, comment savoir, concrètement, que votre plant a bien repris et que tout va bien ?
Les signes visuels qui doivent vous rassurer :
- Le greffon ne flétrit plus, même en pleine lumière.
- Les feuilles tiennent bien et restent fermes tout au long de la journée.
- De nouvelles feuilles apparaissent au sommet du plant.
- La croissance repart : la tige s'allonge, les nœuds se succèdent.
- Le plant tient mieux droit tout seul.

Ce qu'on peut observer au quotidien :
Au-delà des signes précis, il y a un aspect général difficile à décrire mais très reconnaissable : un plant qui a bien repris a quelque chose de tonique. Le feuillage prend une couleur normale, bien verte, sans jaunissement ni pâleur suspecte. La tige s'épaissit progressivement. Et globalement, le plant commence à « se comporter comme un plant de tomate normal », ce qui, quand on a passé des jours à surveiller le moindre signe de flétrissement, est un vrai soulagement.
Une nuance cependant :
Un plant peut avoir très bonne mine, croître normalement, et garder malgré tout une zone de greffe encore fragile. La reprise physiologique, le fait que le plant fonctionne normalement, est différente de la solidité mécanique complète de la soudure. Il ne faut donc pas confondre les deux : un plant reparti à pleine vitesse n'est pas forcément un plant qu'on peut déjà manipuler sans précaution.
Les conditions de culture pendant ces semaines de croissance
On reprend la même façon de faire que pour des plants non greffés
Une fois la cicatrisation terminée et la reprise acquise, on revient aux mêmes conditions de culture que pour les autres plants de tomates.
La lumière
Chez moi, les plants sont sous éclairage artificiel, réglé sur 16 heures par jour.
Pourquoi cette durée ? Parce que des journées lumineuses longues permettent de garder des plants trapus, d'éviter qu'ils filent en cherchant la lumière, et de soutenir une croissance régulière sans à-coups. À ce stade, les plants ont besoin d'un maximum de lumière pour grandir et grossir correctement.
Si vous cultivez sous véranda ou sous serre, l'objectif est le même : donner aux plants la meilleure exposition possible. Un plant qui manque de lumière pendant ces semaines de croissance filera, s'allongera, et sera moins robuste au moment de la plantation.
La température
Mes repères sont les suivants : environ 20 °C le jour, environ 16 °C la nuit.
Ces températures permettent une croissance régulière, des plants compacts, et une reprise sans mollir. La différence jour/nuit est importante : des nuits plus fraîches ralentissent légèrement la croissance et favorisent des plants plus trapus.
Je tiens à nuancer : il n'est pas question ici d'obtenir un chiffre parfait au dixième de degré près. Ce qui compte, c'est d'éviter les excès dans les deux sens, pas de coups de chaleur à 30 °C qui feraient filer les plants, et pas de nuits trop fraîches sous 10 °C qui les stresseraient inutilement.
La ventilation et l'ambiance de culture
Après la phase de cicatrisation, où tout était confiné pour maintenir une forte hygrométrie, on revient à un environnement plus aéré.
Pourquoi ? Parce qu'une bonne circulation d'air limite les risques de maladies fongiques, et aide les tiges à se raffermir. Un plant qui a grandi dans une atmosphère bien ventilée sera plus solide, avec une tige plus dense et plus résistante.
Pas besoin de protocole complexe ici : simplement laisser les plants dans une ambiance normale, et si vous pouvez ouvrir les fenêtres (certains installent même des petits ventilateurs près des plants) quelques heures par jour, c'est un plus.
L'arrosage : à continuer régulièrement
Ma méthode
J'arrose toujours par le bas. Concrètement, je pose les godets dans une soucoupe d'eau, et je les laisse tremper pendant environ un quart d'heure. Le substrat absorbe l'humidité par capillarité depuis le fond, et le godet boit ce dont il a besoin.
Pourquoi je fais comme ça
Il y a plusieurs raisons à ce choix.
D'abord, l'arrosage par le bas est plus homogène : le substrat s'humidifie de manière régulière sur toute sa hauteur, sans zones sèches en profondeur.
Ensuite, et c'est important pour des plants greffés, cela limite les manipulations directes sur la tige. Pas besoin d'approcher un arrosoir au-dessus du plant, de toucher la tige, ou de risquer de mouiller et bousculer la zone de greffe. Le godet va dans l'eau, et c'est tout.
Enfin, c'est une méthode simple et reproductible : on peut arroser plusieurs godets en même temps, sans y passer des heures.
Ce que je surveille malgré tout
L'arrosage par le bas ne dispense pas d'observer les plants régulièrement.
Je veille à ne pas laisser les plants sécher fortement : un stress hydrique régulier perturbe la croissance et peut fragiliser un plant en cours de reprise. Mais je veille aussi à ne pas les laisser tremper en permanence : un substrat détrempé asphyxie les racines et favorise les maladies.
L'objectif est un substrat humide mais pas détrempé en permanence, ce vieux principe de base du jardinage en godet reste entièrement valable ici.
Un plant greffé reprend mieux si sa croissance reste régulière, sans à-coups liés à des cycles de stress et de réhydratation trop marqués.
Le rempotage
Mon choix de godets
Chez moi, il n'y a pas de rempotage après le greffage. Entre la cicatrisation et la plantation au potager, les plants restent dans leur godet de greffage.
Ma priorité à ce stade, c'est de minimiser les manipulations, et un rempotage, même fait avec soin, reste une opération qui touche à la motte, à la zone racinaire, et indirectement à la stabilité du plant.
Ce choix est possible parce que j'ai anticipé en amont. Avant le greffage, j'avais déjà rempoté les porte-greffes dans des godets de bonne taille. Le volume de substrat disponible est donc déjà suffisant pour accompagner les semaines qui suivent la cicatrisation sans que les racines se retrouvent à l'étroit.
J'avais fait un rempotage dans de gros godets de 9 cm de côté (plus gros que ceux des plants de tomates non greffés) une semaine avant le greffage.
C'est une décision qui se prend en amont, pas au moment de la greffe : si on a prévu des gros godets dès le départ pour les porte-greffes, on s'épargne cette étape supplémentaire après.
Mais ce n'est pas une obligation générale. Dans d'autres situations, un rempotage peut devenir utile, voire nécessaire. C'est le cas si les plants restent trop longtemps en attente avant la plantation, si les racines commencent à se trouver à l'étroit et tournent en chignon, ou si la plantation doit être repoussée pour des raisons météo ou de disponibilité.
Le vrai principe à retenir
Le bon équilibre, c'est d'éviter les manipulations inutiles tout en ne laissant pas non plus un plant dépérir dans un contenant devenu trop petit. Un plant à l'étroit souffre et ralentit sa croissance.
C'est d'ailleurs un point auquel je reviendrai un peu plus loin dans cet article, dans la partie consacrée aux signes qui indiquent qu'un plant est prêt à être planté : si la motte commence à tourner en chignon et que la plantation n'est pas encore possible, il vaut mieux rempoter plutôt que de laisser le plant stagner.
La fertilisation
Pendant ces semaines de croissance post-greffe, je ne fertilise pas. Pas d'engrais liquide, pas de granulés, pas de complément nutritif d'aucune sorte.
La raison est simple : avant le greffage, quand j'ai rempoté les porte-greffes, j'ai mélangé un quart de fumier composté à mon terreau de rempotage. Ce mélange initial apporte déjà un relais nutritif suffisant pour la période qui suit la greffe.
Une variante possible : on peut aussi utiliser un tiers de compost à la place du quart de fumier composté. Le compost est en général un peu moins concentré en éléments nutritifs que le fumier composté, d'où la proportion légèrement plus élevée pour obtenir un apport équivalent.
Pourquoi cela suffit chez moi
Les plants ne restent pas des mois dans leur godet avant d'être plantés. La durée entre la fin de la cicatrisation et la plantation est de l'ordre de quelques semaines, et le mélange terreau-fumier composté est largement suffisant.
Comme d'habitude, j'essaie d'éviter de rajouter des étape en plus, je simplifie le travail et ça fonctionne très bien.
Attention, cependant, si vous avez utilisé un terreau pauvre ou de mauvaise qualité, ou si vos plants restent plus longtemps que prévu en godet avant la plantation, il peut devenir utile, voire nécessaire, d'apporter un petit complément nutritif. Dans ce cas-là le plus simple est d'utiliser un engrais liquide pour plantes d'intérieur.
Je ne vais pas faire un chapitre complet sur la fertilisation, mais voici quelques repères à surveiller :
- La croissance ralentit nettement alors que lumière et température sont correctes.
- Le feuillage pâlit progressivement, perd son beau vert franc.
- Les plants stagnent sans raison apparente.
Si vous observez ces signes, la cause n'est pas le greffage lui-même. C'est simplement le plant qui commence à manquer de ressources dans un terreau qui s'épuise. Un apport d'engrais dosé avec prudence peut alors remettre les choses en ordre.
Le point de greffe reste une zone à surveiller
Même quand la reprise est bonne, la greffe n'est pas encore « béton »
C'est un point sur lequel je veux insister, parce qu'il évite beaucoup de maladresses.
Visuellement, le plant peut avoir tout l'air d'un plant qui est reparti en pleine forme. La croissance est là, les feuilles sont belles, la greffe a clairement pris. Pourtant, d'un point de vue solidité, la zone de greffe reste encore fragile pendant un bon moment. La soudure progresse avec le temps, mais elle ne se transforme pas en tissu entièrement reconstitué du jour au lendemain.
Il faut donc continuer à traiter cette zone avec un peu plus de délicatesse que le reste du plant, même si extérieurement, rien ne laisse supposer sa fragilité.
Ce que cela change dans les gestes du quotidien
Concrètement, ça se traduit par quelques précautions simples :
- Manipuler les plants avec douceur, surtout lors des déplacements ou des retournements pour examiner les racines.
- Éviter d'attraper le plant par la tige au niveau du clip ou juste en dessous.
- Faire attention lors des arrosages et des contrôles : ne pas brusquer le plant, ne pas appuyer sur la tige.
Si le plant penche
Il arrive que certains plants, une fois sortis de la chambre de cicatrisation, aient tendance à pencher. Cela peut se produire, notamment si le greffon est un peu décentré ou si la croissance est plus forte d'un côté.
Dans ce cas, si ça penche vraiment beaucoup, je rajoute un petit tuteur : une pique à brochette en bois, et une attache de sac congélation en fil de fer. Simple, efficace, disponible dans n'importe quelle cuisine.
Ce tuteur ne sert pas à « redresser » le plant à tout prix pour qu'il soit parfaitement vertical. Il sert surtout à soulager la zone de greffe, le temps que la soudure se consolide et que le plant trouve lui-même son équilibre.

Le clip de greffage : on le laisse en place
Ce que font souvent les débutants
C'est un piège classique, et il vaut la peine d'en parler clairement.
Beaucoup de jardiniers qui greffent pour la première fois ont le réflexe d'enlever le clip dès que le plant semble avoir repris. Ils craignent que le clip étrangle la tige à mesure que le plant grossit. Ils pensent que, une fois la reprise acquise, le clip ne sert plus à rien et devient une gêne.
C'est une logique qui se comprend. Mais c'est une erreur.
Il ne faut pas l'enlever. On le laisse en place, tout simplement.
Le clip continue à jouer son rôle de sécurité pendant toute la phase de croissance. Il maintient la jonction en place, limite les mouvements, et donne à la soudure le temps de se renforcer en toute tranquillité.
Ne risque-t-on pas d'étrangler la tige ?
Je voudrais vous rassurer sur ce point, parce que c'est souvent ce qui pousse à retirer le clip trop tôt.
Non, le clip ne va pas étrangler la tige. Avec la croissance, le clip finit par se desserrer progressivement, s'ouvrir, et par tomber tout seul au bout de quelques semaines. Le dispositif est conçu pour ça : il tient pendant la phase critique, puis il cède naturellement quand il n'est plus nécessaire.
En attendant que le clip tombe tout seul, il n'y a rien à faire. On laisse, on regarde, et on passe à autre chose.
Les racines adventives du greffon : à surveiller et à supprimer
Pourquoi c'est un vrai point de vigilance
Voici un phénomène qui mérite d'être expliqué clairement.
Le greffon, la partie haute du plant, celle qui porte la variété cultivée, peut émettre de petites racines juste au-dessus du point de greffe. Ces racines poussent dans l'air ambiant, sont de couleur blanche et font 3 à 5 mm de long.
Si on laissait ces racines se développer librement, et si elles arrivent à descendre jusqu'au terreau, le greffon peut finir par s'enraciner lui-même, indépendamment du porte-greffe. Et là, on perd en grande partie l'intérêt du greffage : le porte-greffe ne sert plus à rien, le greffon fait cavalier seul.
Ce qu'il faut faire concrètement
Dès que l'on repère un départ de racine adventive au niveau du point de greffe, on le supprime. Sans brusquer la plante, on peut le faire délicatement avec les doigts ou une pince à épiler.
Ce phénomène n'est pas forcément fréquent sur tous les plants. Certains n'en développent jamais. Mais c'est une chose qu'il faut penser à vérifier régulièrement.
Le principe général à garder en tête
Pendant toute cette phase de croissance, on veillera à garder le point de greffe bien au-dessus du niveau du terreau, c'est-à-dire que la soudure ne doit jamais être enterrée ni trop près du substrat. C'est une précaution qu'il faudra continuer à respecter au moment de la plantation (je vous en parle déjà maintenant même si ce sera le sujet du prochain l'article).
Les gourmands du porte-greffe : l'autre piège classique
Deuxième chose à surveiller lors de la phase de croissance : les gourmands au niveau du porte-greffe.
Le porte-greffe, la plante racine qui sert de base, peut repartir dans sa portion de tige qui est sous la greffe. C'est-à-dire que la tige peut émettre de nouvelles pousses, appelés "gourmands".
Ce phénomène survient quand les cotylédons du porte-greffe ont été laissés en place au moment du greffage. Ces cotylédons restent actifs et peuvent stimuler la reprise végétative du porte-greffe et favoriser l'émission de nouveaux départs de tiges.
Il faut donc les éliminer sans hésiter dès qu'ils apparaissent.
Et pour simplifier : je supprime tout ce qui pousse sous le point de greffe. C'est une formule simple, facile à retenir, et qui résume parfaitement la règle à appliquer.
Pourquoi c'est important
Si on laisse ces gourmands se développer, le porte-greffe utilise sa vigueur pour son propre compte. Il puise dans les nutriments (eau, minéraux, énergie) pour alimenter sa propre croissance. Il concurrence donc directement le greffon. Et à terme, on peut se retrouver avec un plant dominé par le porte-greffe, ce qui ne correspond plus du tout à ce qu'on cherchait à obtenir.
À quoi reconnaît-on qu'un plant greffé sera bientôt prêt à être planté
Sans anticiper sur le prochain article (je n'entrerai pas ici dans le détail de comment planter un plant greffé), je voudrais quand même vous donner les repères qui permettent de savoir que l'on s'en approche.
Ne pas se focaliser sur une seule variable
L'erreur classique, c'est de décider qu'un plant est prêt à partir uniquement parce qu'il a atteint une certaine hauteur. La hauteur est un indicateur parmi d'autres, mais elle ne suffit pas.
Un plant trapu, qui a eu une bonne reprise, avec une tige solide et un feuillage sain, est infiniment préférable à un plant plus haut mais filé, à la tige étirée et aux entre-nœuds trop espacés. Le second peut mesurer 30 cm, mais il sera moins robuste au moment de la plantation que le premier, qui n'en ferait que 20.
La hauteur : un repère, pas une règle
Chez moi, j'utilise 20 cm comme ordre de grandeur pratique. En dessous, je considère que le plant n'est généralement pas encore prêt. Au-dessus, je commence à regarder l'ensemble des critères plus attentivement.
Mais encore une fois : ce n'est pas un seuil absolu, et encore moins une règle universelle. C'est mon repère personnel, dans mon contexte, avec mes variétés. À adapter selon votre situation.

L'état général du plant
En plus de la hauteur, voici ce que j'observe :
- Un feuillage bien vert, sans pâleur ni jaunissement.
- Une forme bien équilibrée.
- Une tige solide, pas étirée.
- Des feuilles en bon état, sans tache ni déformation.
- Un port trapu plutôt que filé.
Un plant qui remplit ces critères est un plant qui a bien profité de ses semaines de croissance post-greffe, et qui a les moyens de prendre un bon départ au potager.
Le système racinaire
Un point souvent négligé : regardez aussi les racines.
Chez moi, je surveille que la motte n'a pas commencé à « tourner en chignon », c'est-à-dire que les racines n'ont pas saturé le godet au point de former une masse enchevêtrée contre les parois. Un plant dont les racines ont rempli tout l'espace disponible est un plant à l'étroit : il souffre, peut se bloquer dans sa croissance, et peut se déséquilibrer.
Si la plantation n'est pas encore possible et que vous observez ce phénomène, mieux vaut rempoter plutôt que de laisser le plant dépérir.
L'acclimatation avant la plantation
Un plant greffé, comme tout plant élevé en intérieur, ne peut pas passer du jour au lendemain d'un environnement protégé (lumière artificielle, température stable, abri du vent) au plein soleil de dehors. Le choc serait trop brutal.
Là encore, cela va dépendre des régions.
Dans les régions fraîches :
- On laissera les plants jusqu'à la dernière semaine avant la plantation bien à l'abri et au chaud à la maison.
- La semaine avant la plantation prévue, on commencera une acclimatation progressive : sortir les plants quelques heures par jour à l'extérieur, en les exposant d'abord à un endroit à mi-ombre, puis progressivement jusqu'au plein soleil les jours qui suivent.
Dans les régions plus douces :
- On a la possibilité de donner des "bains de soleil" aux plants beaucoup plus tôt dans la saison. Ici à Toulouse, c'est souvent fin mars que je commence à sortir mes plants dehors aux heures les plus chaudes de la journée. Je ne peux le faire que les jours où le ciel est dégagé et où le soleil chauffe correctement, en général entre 11h du matin et 16h l'après-midi. Puis retour à la maison sous les rampes à LEDs jusqu'au soir.
- Du coup il n'y a plus besoin de semaine d'acclimatation avant la plantation. Les dernières semaines de toutes façons, mes plants restent dehors toute la journée puisque les conditions le permettent.
Ce qu'il faut retenir de cette phase de croissance post-greffe
Après la greffe, on ne se complique pas la vie : on revient à une conduite normale des plants, la même que pour les autres plants, tout en gardant quelques réflexes spécifiques au greffage.
Les quelques réflexes à avoir
- Manipuler doucement : la zone de greffe reste fragile plus longtemps qu'elle n'en a l'air.
- Surveiller le point de greffe : vérifier régulièrement son état, sa position par rapport au substrat, sa solidité apparente.
- Supprimer les racines adventives du greffon s'il y en a qui apparaissent.
- Supprimer les gourmands du porte-greffe s'il y en a qui pointent sous les cotylédons.
- Laisser le clip en place et ne pas céder à la tentation de l'enlever prématurément.
- Garder des conditions de culture stables : lumière, température, arrosage régulier.
- Ne pas laisser les racines chignonner : rempoter si nécessaire plutôt que de laisser le plant s'étouffer.
Conclusion
La phase post-greffe n'est pas compliquée. Mais elle demande encore un peu d'attention, cette attention un peu particulière qu'on porte à quelque chose qu'on a fait de ses mains et qu'on veut voir aboutir.
Ce qui est spécifique aux plants greffés pendant ces quelques semaines, c'est surtout la fragilité de la zone de soudure, le reste ressemble beaucoup à la conduite de n'importe quel bon plant de tomate.
Dans le prochain article, nous verrons la plantation : quand planter, comment planter un plant greffé en tenant compte de ses spécificités, et les précautions particulières à prendre au moment de l'installation au potager. Ce sera la dernière étape et elle marquera le début de la croissance des tomates greffées en pleine terre.
À bientôt pour la suite.
Comme à chaque fois, c'est avec plaisir que je répondrai à toutes vos questions dans les commentaires.
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