Dans cet article, j'ai le plaisir de laisser la plume à l'un d'entre vous pour un retour d'expérience passionnant. Jardinier dans les Côtes-d'Armor, François va nous raconter comment il met en place chaque année un substrat de culture des plus fertiles pour ses cultures.
Entre astuces techniques, gestion de la matière organique (fumier, feuilles mortes, tontes) et déroulement de la mise en place, il nous donne ici une méthode détaillée pour obtenir une bonne production de légumes tout en diminuant l'entretien sur le long terme. Un témoignage illustré par ses propres photos, qui montre qu'avec une bonne préparation du sol, le potager nous le rend bien. Bonne lecture !
Bon à savoir : la méthode de François n'est pas réservée à la culture sous serre. Vous pouvez l'utiliser dans votre potager à l'air libre, sur une plate-bande entourée d'un cadre pour contenir les apports, soit directement au sol : vous créez alors une butte de culture traditionnelle.
Note : toutes les photos sont cliquables pour les voir en grand format.

L’historique
J’ai eu pendant 10 ans une serre tunnel de 6 m x 5 m, dans laquelle je cultivais :
- d’un côté des cultures basses : pommes de terre puis salades, radis...
- de l’autre côté des tomates, 9 rangées espacées de 60 cm de 3 plants espacés de 70 cm.
Je travaillais encore et avec le jardin, ça suffisait à occuper mon temps disponible.
Mais j’avais identifié plusieurs inconvénients : les tomates en bout de rang étaient trop près de la paroi, et on manquait d’espace pour l’entretien et la récolte.
C’est à cette époque que j’ai commencé à m’intéresser à la permaculture. Au jardin, j’ai abandonné le motoculteur et suis passé à la grelinette.
La mode des carrés potagers commençait. Et j’avais lu dans la presse « permacole » des articles au sujet d’une technique appelée « lasagne ». Comme les tomates ont besoin d’un sol riche, qu’une lasagne peut le leur procurer, il était tentant d’essayer une lasagne dans la serre.
Fin 2019, j’ai alterné des couches de foin, de gazon, de feuilles mortes et de crottin de cheval dans 2 petits rectangles de 2,40 m x 1,20 m sur 30 cm de haut d’un côté de la serre, et j’y ai cultivé des tomates, dont la production m’a satisfait.
Du coup, fin 2020 j’ai entrepris de construire 2 grandes « jardinières » (5,40 m de long, 1 m de large et 30 cm de haut) avec du bois de coffrage. En les disposant dans le sens de la longueur de la serre, je résolvais les problèmes identifiés plus haut. La circulation autour est facilitée. Et le sol est moins bas, ce qu’un jardinier vieillissant apprécie...

Pendant 2 ans, j’ai cultivé d’un côté des tomates, et de l’autre concombres, aubergines et poivrons. Salades, radis, carottes et navets avant et/ou après.
Puis, fin 2022, à l’occasion du remplacement de la bâche de ma serre tunnel qui avait vécu, j’ ai investi dans une serre à pied droit de la même surface. J’en ai profité pour :
- Recouvrir le sol d’une toile de paillage, doublée dans les allées par une bande de feutre géotextile destinée à éviter l’usure de la toile de paillage par le piétinement (conseil de paysagiste). Après trois ans de passages intensifs, pas de signes d’usure.
- Aménager de chaque côté de la serre une jardinière supplémentaire de 40 cm de large.
- Protéger les planches de coffrage de l’humidité au moyen d’un rouleau de protection des soubassements car, au bout de 2 années, certaines planches étaient déjà attaquées.
Résultat de ces améliorations : d’un côté, plus de surface cultivable, donc plus de production, mais aussi plus de possibilités de varier les cultures. Et de l’autre moins de problèmes avec la végétation indésirable (je ne vois pratiquement plus de liseron). Je peux aller partout dans la serre sans me baisser, et dans les allées pas besoin de gratter : un coup de balai et c’est propre.
Au bout d’un an, je m’inquiétais de ne pas voir de vers de terre dans la « jardinière ». A l’occasion du remplacement du substrat, j’ai découpé et ôté la toile de paillage sur 60 cm de large et sur toute la longueur du fond de la jardinière, pour rétablir un contact avec le sol. Mais je n’ai pas vu plus de vers de terre l’année suivante. Je pense que sous la serre, le sol est trop sec pour qu’ils soient attirés.
La recette :
Ingrédients :
- crottin de cheval environ 350 kgs
- foin ou paille, environ 2 bottes
(ou bien 400 kgs de fumier à la place des deux premiers ingrédients)
- tontes de pelouse , 3 paniers de tondeuse par couche
- feuilles mortes broyées, 3 paniers de tondeuse par couche
- support de culture de l’année précédente, ou compost bien mûr.




Mise en œuvre
Alterner une couche de feuilles mortes, une de gazon, une de paille/foin, une de crottin. J’ai observé que les feuilles mortes ont moins tendance à s’agglomérer si elles sont broyées. Je les fais passer une ou deux fois dans la tondeuse à gazon selon leur taille.
Arroser pendant une dizaine de minutes, à jet assez puissant car cela permet de commencer à désintégrer les crottins, les émietter.
Recouvrir de feuilles mortes, puis tasser en piétinant.
Répéter ce cycle trois fois.
Après la troisième couche, déposer du compost frais, riche en vers (environ une pelle tous les mètres linéaires) ils vont pouvoir s’en donner à cœur-joie dans leur nouvel univers. Alternative : on peut aussi, quand tout est terminé remplir un tamis avec 2 pelletées de compost frais, riche en vers. Au bout d’une journée, ils auront tous migré dans la jardinière.
Réinstaller les tuyaux micro-suintants qui constituent l’essentiel de l’arrosage en été.

Puis couvrir d’une toile de paillage. Et laisse reposer, en arrosant une heure par jour : ça ne fait qu’une dizaine de litres mais ça maintient de l’humidité.
A l’issue de ce troisième cycle, la « jardinière » est quasiment remplie, mais au bout de 2 ou 3 semaines, le niveau aura baissé. Il arrive même que des champignons aient commencé à se développer à la surface du crottin.
Retirer le système d’arrosage, et déposer les 4 couches du dernier cycle.
Par-dessus le crottin, remplir la jardinière à ras (ou même un peu plus, ça va encore se tasser) avec du compost frais en cours de décomposition . Pour terminer, étaler une fine couche de terreau, ou bien de ce qui reste du substrat de l’année précédente. Le tout fait 3 à 4 cm d’épaisseur.
On est alors généralement en janvier, et cette fine couche permet d’effectuer tout de suite les premiers semis : carottes, radis, salades et même les premières pommes de terre primeur.
Dans mon petit coin de Bretagne Nord, à 1 km de la mer, ces cultures précoces ne craignent plus trop le gel : même en cet hiver 2026 plus rigoureux et malgré quelques gelées blanches, la température n’est pas descendue sous 0,5°C.
Dans la durée
Chaque année, je cultive les tomates dans la jardinière qui vient d’être installée (année N). Dans l’autre (année N+1), c’est concombres, aubergines, poivrons, haricots grimpants.
Dans le courant de l’année et au fil des cultures, le niveau du support de culture va s’abaisser, et mi-novembre, il n’en restera environ plus que la moitié.
Je vide alors la jardinière de l’année N+1, elle est prête à être remplie comme décrit ci-dessus. J’utilise le substrat restant pour compléter le niveau des autres jardinières de la serre. Et s’il en reste, je l’apporte sur le tas de compost.
Il se trouve que fin 2025, ma jardinière N+1 était encore en culture (choux, mâche, salade frisée) j’ai donc vidé la jardinière N , et en 2026, j’aurai une jardinière N et une jardinière N+2.
Cela va me permettre de tester comment se comportent les cultures, notamment concombres, aubergines et haricots dans un substrat vieillissant. J’y testerai aussi 2 pieds de tomates.

Conclusion
Bien sûr, le plus difficile pour mettre en œuvre cette méthode est de pouvoir disposer des ingrédients en quantités suffisantes.
Du gazon et des feuilles mortes, on en a en général sous la main, et si ce n’est pas suffisant il est possible d’en récupérer facilement en déchetterie ou dans les rues des villes, et dans les bois pour les feuilles mortes.
Des bottes de paille, on peut en trouver à la ferme, surtout celles qui font de la vente directe. Sinon dans certaines jardineries.
Quant au crottin/fumier de cheval (j’imagine qu’avec du fumier de vache, ça fonctionne aussi très bien), la source se trouve dans les clubs hippiques, ou chez des voisins (particuliers) qui ont des chevaux. C’est mon cas.
Sans oublier tous les sites de petites annonces ou d’échange.
Une fois ces difficultés surmontées, malgré la charge de travail initiale, qui n’excède pas vraiment celle d’un hivernage rigoureux, tout devient plus facile. Il n'y a plus qu'à semer, planter et récolter. Et arroser, bien sûr, mais c'est un autre sujet.
Pour conclure, je dirai que pour moi l’idéal serait d’avoir une deuxième serre et beaucoup moins de jardin. J’aurais moins de travail et plus de récoltes, donc d’autonomie.
Un grand merci à François pour ce partage d'expérience extrêmement précis et inspirant. C’est un plaisir de voir comment la passion et l'observation permettent d'améliorer son potager !
Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà pratiqué la culture sur des lasagnes, que ce soit en bacs en plein air, en buttes ou en serre ? Si vous avez des questions pour François sur sa méthode ou si vous souhaitez partager votre propre ressenti, n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous. Nous serons ravis d'échanger avec vous !
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