Cette année, j'ai fait un petit comparatif dans mon potager.
Pas un débat théorique sur les semences, pas un grand discours pour affirmer que les variétés anciennes seraient toujours meilleures. Pas non plus pour dire que les hybrides F1 seraient forcément supérieures.
Simplement un essai, sur le terrain, avec deux variétés de choux de printemps.
D'un côté, j'ai semé 'Nozomi F1', une variété hybride moderne.
De l'autre, 'Pointu de Châteaurenard', une variété ancienne et reproductible.
Les deux ont été semés au même moment, début février, en godets. Puis ils ont été plantés au potager début avril.
L'idée était simple : observer ce que ces deux variétés allaient donner dans les mêmes conditions, sur un créneau qui m'intéresse beaucoup au potager : celui des choux très précoces de printemps.

Pourquoi je sème des choux aussi tôt dans la saison
J'aime bien faire ce semis très tôt dans l'année (c'est l'un des tout premiers en fait).
Début février, on est encore en hiver. Les journées sont courtes, les températures sont très fraîches, et le potager n'a pas encore vraiment redémarré.
Mais c'est justement à ce moment-là que l'on peut préparer les premières belles récoltes de la fin du printemps.
Et récolter des choux dès le mois de juin, ce n'est pas seulement agréable dans l'assiette. C'est aussi une manière très efficace de faire produire une parcelle avant d'y installer les cultures d'été.
Car au potager, le calendrier compte autant que la surface.
Une planche qui donne des choux en juin peut ensuite accueillir autre chose. Des haricots, des courgettes, du basilic, des betteraves, des salades d'été, ou une autre culture qui profitera de la chaleur.
C'est ce qui rend les légumes précoces si intéressants : ils ne produisent pas seulement tôt. Ils permettent aussi d'enchaîner les cultures.
Et ma philosophie reste toujours la même : un potager, c'est vivant, c'est beau, c'est passionnant, mais à la fin, mon but est quand même de produire des légumes.
Deux variétés, deux comportements très différents
Sur la photo, la différence entre les deux variétés est nette.
Le 'Nozomi F1' forme une plante compacte. Il prend peu de place. Sa pomme est déjà bien formée. Deux mois après la plantation, il est prêt à être récolté.
Le 'Pointu de Châteaurenard', lui, a un port beaucoup plus étalé. Ses feuilles sont plus grandes. La plante occupe davantage d'espace. Et sa pomme est encore lâche.
Il lui faudra encore un mois pour arriver à maturité.
Ce mois d'écart, cela peut sembler négligeable. Mais au potager, un mois, c'est énorme.
Un mois, c'est le temps de libérer une planche pour autre chose. C'est la possibilité de lancer une nouvelle culture, au lieu de garder la planche occupée plus longtemps que nécessaire.
C'est là que la comparaison devient vraiment intéressante.
On ne compare pas seulement deux choux. On compare aussi deux façons d'occuper l'espace.
La compacité apporte aussi des avantages
Le 'Nozomi F1' peut être planté à 40 cm en tous sens.
Pour le 'Pointu de Châteaurenard', il faut laisser 60 cm en tous sens, car il s'étale beaucoup plus.
Sur le papier, la différence ne semble pas énorme. Mais sur une planche de culture, elle se voit très vite.
À surface égale :
- là où je peux mettre 9 plants de 'Nozomi F1' ;
- je ne mettrais que 4 plants de 'Pointu de Châteaurenard'.
L'hybride me permet donc de gagner de la place et de cultiver plus de légumes sur la surface de mon petit potager.
Quand l'espace est limité, chaque mètre carré doit être utilisé intelligemment. On ne parle pas ici d'agriculture intensive, mais simplement de bon sens.
Les hybrides F1 ne font pas toujours rêver les jardiniers
Je sais bien que les hybrides F1 ne plaisent pas à tout le monde, et je le comprends.
Moi aussi, j'aime les variétés anciennes et reproductibles. J'aime l'idée de pouvoir récolter mes graines, être indépendant des semenciers. J'aime les variétés qui ont une histoire, un terroir, les légumes qui ont parfois des formes un peu irrégulières.
Pour les tomates, par exemple, je suis très attaché aux variétés anciennes.
Elles offrent une diversité incroyable de formes, de couleurs et de goûts. Certaines sont charnues, d'autres juteuses. Certaines sont douces, d'autres plus acidulées. Certaines ont des couleurs magnifiques que l'on ne retrouve presque jamais dans les variétés commerciales classiques. Et puis récupérer ses graines de tomates, ce n'est pas très compliqué.
Mais pour les choux, je n'ai pas la même approche.
Faire ses graines de choux, c'est une autre affaire
Faire ses graines de choux demande beaucoup plus de contraintes.
Il faut garder les plants jusqu'à l'année suivante car c'est une bisanuelle qui produit ses graines en 2ème année. Il faut accepter qu'ils prennent une place énorme une fois montés à graines. Il faut aussi faire attention aux croisements avec d'autres choux ou d'autres brassicacées.
Et ensuite, il ne suffit pas de récupérer des graines au hasard. Il faut sélectionner correctement les porte-graines. C'est passionnant, mais c'est compliqué.
Dans mon potager, je préfère utiliser cette place pour produire et récolter d'autres légumes.
Choisir des variétés hybrides F1 pose aussi une autre question
Celle de la dépendance aux grandes multinationales des semenciers. Les graines récoltées sur des plantes F1 ne reproduisent pas fidèlement les caractéristiques de la variété d'origine. Pour retrouver les mêmes qualités, il faut racheter des semences.
À l'échelle d'un jardin, ce n'est pas forcément un problème. La majorité des jardiniers rachètent de toute façon leurs graines tous les 2 ou 3 ans quand le sachet est vide, et très peu d'entre eux se compliquer la vie à faire leurs propres graines (sauf les tomates).
Mais certains s'inquiètent d'un effet plus large. Si la majorité des jardiniers et des maraîchers se tournent exclusivement vers les hybrides F1, la demande pour les variétés reproductibles pourrait diminuer. Les semenciers auraient alors moins d'intérêt économique à maintenir ces variétés au catalogue. À terme, certaines poiurraient devenir plus difficiles à trouver, voire disparaître complètement du commerce, comme cela a été déjà le cas pour de nombreuses variété cultivées par nos grands-parents.
Dans la pratique, on est encore loin d'une situation où seules des graines F1 seraient disponibles. De nombreux semenciers continuent de proposer des variétés population et des variétés anciennes. Mais le maintien de cette diversité dépend aussi des choix d'achat des jardiniers. Acheter et cultiver des variétés reproductibles contribue à préserver un patrimoine génétique et une certaine autonomie dans la production de semences.
C'est pourquoi d'après moi, l'utilisation des hybrides au potager doit rester exceptionnelle.
J'ai fait l'exercice de regarder dans la grande boîte où je range mes sachets de graines combien j'en ai qui sont hybrides : sur la trentaine de légumes différents que je sème chaque année, j'en ai trouvé trois : le chou Nozomi F1, la tomate Fournaise F1 (pour sa tolérance à la canicule, à cause de laquelle j'ai eu des productions de tomates très décevantes ces dernières années), le chou-rave Quickstar F1 (compact et hâtif).
Une variété n'est jamais bonne ou mauvaise dans l'absolu
Je ne vois pas ce comparatif de choux comme un match avec un gagnant définitif, je le vois plutôt comme une leçon de pragmatisme.
Une variété n'est pas bonne ou mauvaise dans l'absolu. Elle est adaptée, ou non, à ce que l'on veut en faire.
Dans ce cas précis, pour produire tôt, sur peu de place, et libérer rapidement la planche avant l'été, le chou hybride F1 me semble très intéressant.
Pour d'autres légumes, mon choix serait différent.
J'essaie de ne pas jardiner avec des idées toutes faites. J'observe, je compare, je note ce qui marche. J'accepte d'être parfois surpris par les résultats.
Je suis parti avec une vraie sympathie pour le 'Pointu de Châteaurenard'. Son nom me plaît, son côté ancien aussi. Mais sur cette série de choux de printemps, je dois reconnaître que le 'Nozomi F1' a des qualités indéniables.
Garder quelques hybrides dans sa grainothèque ?
Au final, je continuerai à privilégier les variétés reproductibles dans la majorité des cas, pour leur diversité et l'autonomie qu'elles permettent. Mais je ne veux pas non plus m'interdire d'utiliser ponctuellement une variété F1, à condition qu'elle me rende un vrai service au potager.
Et de votre côté, quel est votre regard sur ce sujet ? Je vous demande juste une chose : au potager les choses sont rarement toutes blanches ou toutes noires, alors essayons de garder un peu de nuance dans nos propos.
Ce qui serait intéressant je trouve, c'est d'avoir vos retours d'expérience sur les différences que vous avez pu observer entre variétés hybrides et non-hybrides, si vous avez testé les deux.
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